Première

Dimanche 13 décembre 2009 7 13 /12 /2009 10:50

Isadora Duncan, une danseuse au destin romanesque


                                                        Isadora Duncan par Grandjouan

Dans le monde de la danse, Isadora Duncan agit immédiatement dans l'imaginaire comme une femme extraordinaire, une femme de roman qui bouleversa le langage classique de la danse pour inventer une nouvelle grammaire du geste.

Née en 1878 à San Francisco d'une famille d'un banquier ruiné d'origine irlandaise . Dans les années 1880, Isadora Duncan déménage à Oakland, apprend la musique puis donne à son tour des cours. Après une expérience au sein d'une compagnie new-yorkaise, la jeune femme décide de tenter sa chance en Europe, d'abord à Londres puis à Paris (1900).


Très vite, elle rencontre le succès (1903-04) grâce à son style libre et donc très singulier. Cette liberté, elle l'a choisi e d'abord en dansant pieds-nus tout en abandonnant le tutu pour des voiles laissant parfois transparaître sa nudité. Son inspiration première est l'Antiquité grecque, elle recherche dans un retour, aux apparences classiques, un supplément de liberté qui côtoie le plus souvent une certaine improvisation. Aussi, les gestes inspirés du passé et les tuniques vaporeuses jettent les fondements de la danse moderne libérée des règles académiques.

Sa vie est sans conteste un roman... lire la suite ....
Par Diedrich - Publié dans : Première
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Samedi 24 octobre 2009 6 24 /10 /2009 15:44

L'université de Metz a longtemps été à la pointe de la recherche en matière d'histoire du sport et plus particulièrement du football. Le professeur Alfred Wahl a publié quelques livres sur le sujet et dirigé de nombreux travaux d'étudiants. Parmi les plus remarquables, nous avons celui de Pierre Pirot sur la naissance du football en lorraine.



Comment est apparu le football en Lorraine allemande ?

Je cite ici les extraits du travail de Pierre Pirot utilisés en classe :
"En raison de ses liens économiques très étroits avec l'Angleterre, l'Allemagne connut le jeu de football plus tôt qu'en France et sa diffusion a emprunté au moins trois canaux : -celui des négociants britanniques, employés représentants de firmes maritimes ou de commerce installé dans les zones portuaires qui furent à l'origine des clubs de Brèmes (1877), Hamourg (1879) - celui des lycéens d'Outre-Manche venus étudier dans les établissements allemands, ainsi virent le jour les clubs de football de Francfort (1880), Berlin (1881) et Heidelberg (1883), - enfin, celui d'Allemands, étudiants ou professeurs ayant séjournés dans les Iles Britanniques, c'est ainsi que débuta le football à Leipzig (1885), Stuttgart (1887) et Munich (1888).
C'est au début des années 18909 que le football pénétra en Alsace-Lorraine, alors terre d'Empire (Reichsland) depuis la défaite de 1870. (...)
Les premiers jeux de balles firent une timide apparition en Lorraine allemande en 1897. Ce fut par le biais des immigrés allemands et dans le cadre des Turnspiele (jeux de gymnastique) organisés régulièrement à la fin de l'année scolaire par des collèges de Metz, Forbach et Thionville, encadrés par leurs professeurs, se réunissaient sur des terrains d'exercice militaire pour y disputer toute une série de jeux dont le concours de ballons (...)
En juillet 1902, la ville de MEtz décida d'envoyer le professeur Georg Fischer, un des promoteurs des jeux de balles, suivre un séminaire sur le thème des jeux de plein air à Francfort. A son retour, en 1902, une réunion fut organisée à l'hôtel Luxhof de Metz où une commission de médecins et de professeurs fondèrent la Société d'Encouragement aux Jeux de la jeunesse. (...). En  1905, Metz abritaitr deux clubs : Le Fussball Club Métis fondé en janvier par George Fischer et la société baptisée Luft und Sonne, crée au mois de mars par le professeur du lycée, Hirtz."


C'est seulement en 1932 que le FC Metz est fondé, devenant rapidement un club professionnel.

                      Le FC Metz à la fin des années 30


Nous avons abordé les modalités de la diffusion géographique du football, le mouvement ouvrier a également beaucoup oeuvré pour diffuser la pratique sportive au sein de la classe populaire.

Le cas du football ouvrier (en banlieue parisienne)
Le football ouvrier s'est développé grâce au mouvement ouvrier qui a voulu encadrer et "endoctriner" les masses ouvrières. De nombreux clubs sont ainsi fondés grâce à des syndicats ouvriers ou au PCF.
Le phénomène est si important qu'en 1934, une sorte de coupe du monde du football ouvrier est organisée : la finale a lieu en banlieue parisienne entre une équipe soviétique et norvégienne. Parmi les 1er clubs ouvriers, l'US Genevillois fondé vers 1903. A la veille de la 1ère GM, on compte pas moins de 41 formations de "football travailliste" et en 1936, on en décompte près de 780.

Toutefois, de nombreux membres du PCF (Parti communiste français) trouvent que le football n'est pas le meilleur sport : il développe trop la dimension du jeu et son caractère incomplet dans la formation physique l'éloigne de la ligne imaginée par le parti. Cependant, il semble que le PCF se soit résigné à soutenir ce sport très populaire, de peur de voir s'éloigner les ouvriers vers d'autres organisations.

Le développement du football ouvrier s'appuie également sur les municipalités communistes de banlieue qui, à partir de 1925 financent en grande partie les clubs mais surtout la construction des installations sportives. A cette occasion, les idées socialistes s'installent symboliquement dans l'espace urbain  à l'occasion de la construction des stades qui portent le plus souvent des noms de personnages issus du mouvement ouvrier (stade Lénine d'Ivry ou Marx de villejuif).


 
Le football ouvrier a sans aucun doute permis de politiser et d'éduquer les ouvriers à la doctrine du PCF mais il a tissé des liens plus larges à l'échelle locale et nationale constituant un maillon central de la culture populaire d'après-guerre.


                   Union sportive du Travail d'Ivry, 1919 (extrait du site de l'association)

Sitographie :
KSISS Nicolas, Football et société en région parisienne,  une histoire sociale du football ouvrier, dans la revue We are Football (revue en ligne).

Un article sur la mondialisation du sport d'Etienne Augris


Bibliographie :
PIROT Pierre, Les débuts du football en Lorraine allemande 1879-1917, mémoire de DEA, Université de MEtz, 1994, 203p.
WAHL Alfred, La balle au pied, histoire du football, Découverte Gallimard, Paris, 1990, 156p.

Par Diedrich - Publié dans : Première
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Dimanche 13 septembre 2009 7 13 /09 /2009 22:20


Depuis mardi dernier, une série de 6 reportages (réalisée par Daniel Costelle et Isabelle Clarke) sur la Snde GM a débuté sur  France 2. Son originalité première, c'est qu'il s'agit d'images d'archives de premier ordre mais colorisées.
René-Jean Bouyer avait de son côté, réalisé entre 2000 et 2005, 4 reportages de 90 minutes sur cette même guerre en utilisant cette fois des films d'archives en couleur des Américains (procédé Kodachrome de 1935) et des Allemands (procédé Agfacolor 1936).  Bien sûr, nous avons également en tête, le reportage (cette fois-ci en noir et blanc) qui a fait date, De Nuremberg à Nuremberg de Frédéric Rossif datant de 1989.

La réserve qu'un historien peut émettre sur ce documentaire d'images colorisées est cette volonté de transformer la source pour en faire un film qui rapproche artificiellement l'événement de notre époque, le rendant plus attrayant. Les images sont donc volontairement dénaturées pour plaire à un plus large public. Est-ce vraiment utile ? Le sujet n'est-il pas suffisamment fort pour susciter l'intérêt. Le succès de Nuremberg à Nuremberg le prouverait.

Mais il faut le reconnaître, la colorisation a été soignée...parfois partielle : on a par exemple, colorisé Hitler mais par l'arrière. Ce qui permet de rappeler l'opération de colorisation. Et on a évité....les reconstitutions ou pire des scènes jouées par des comédiens à la façon  de certaines productions de la BBC. Je déteste et trouve cela vraiment gênant de mélanger images d'archives et fiction.
Par ailleurs, le narrateur du film nous éclaire par moment sur l'origine de l'image....nous expliquant qu'il s'agit d'images produites par la propagande d'une armée ou de l'autre (c'est bien, mais en fait presque toutes, le sont !)



POur finir, je vous conseille malgré tout, de suivre les 4 prochains épisodes  globalement de qualité, bien écrits et bien montés qui ont le mérite d'être suffisamment didactiques pour un large public.
Voilà donc, ce qu'est le service public de France Télévision, c'est pas mal.....de payer sa redevance pour cela, non ?




JC Diedrich








Par Diedrich - Publié dans : Première
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Dimanche 6 septembre 2009 7 06 /09 /2009 15:56
Nous allons aborder en cours l'entreprise Renault comme symbole de la Seconde Révolution Industrielle. Cette entreprise qui a fêté son centenaire en 1998 doit beaucoup à son fondateur, Louis Renault.
Comment Louis Renault a transformé son petit atelier en une entreprise symbole de modernité et de savoir-faire à la française ?



(Regarder surtout à partir de la 50è seconde)



Louis Renault est né en 1877 dans une famille bourgeoise parisienne. D'un tempéremment solitaire, il s'enferme dans une remise au fond de la propriété familiale et développe son inventivité dans le domaine de la mécanique.
BAchelier, il ne poursuit pas ses études et se consacre entièrement à sa nouvelle passion. En 1898, il construit son premier véhicule à partir d'un tricycle.  Selon la légende, remportant le pari de monter la rue Lepic avec son nouveau bolide, il obtient ses premières commandes, le 24 décembre 1898. L'année suivante, deux de ses frères s'associent pour fonder une société qui produira ces voiturettes. Cette même année, Louis et Marcel remportent leur première course automobile, ce qui assure à la marque, un certain succès.



En 1903, la disparition de son frère Marcel dans une course automobile oblige Louis à abandonner les courses pour se consacrer au développement de l'entreprise Renault Frères. En 1905, Renault obtient le marché des taxis parisiens, 250 véhicules à produire.

En 1909, Ferdinand Renault, malade quitte l'entreprise, Louis Renault à 32 ans est désormais seul, à la tête d'une société industrielle florissante et prometteuse. Ses inventions et ses audaces vont permettre à la marque de passer d'une petite entreprise à l'une des plus importantes de France au cours des deux décennies suivantes.

Durant la 1ère GM, Renault joue un rôle central dans la bataille technologique, outre le fameux épisode des taxis (Renault) de la Marne qui sauve l'armée française de la défaite au début de la guerre. L'entreprise va fournir des milliers de moteurs d'avion durant le conflit. En 1917, Louis Renault est aussi à l'origine du 1er char qui sera décisif dans les dernières offensives de l'automne 1918. Ce qui lui vaudra d'obtenir la Légion d'Honneur.

En 1922, après un séjour aux EU (en 1912 et une rencontre avec Henry ford), Renault met en place dans son usine sur l'îe Seguin à Boulogne Billancourt, la 1ère chaîne de montage moderne.
Renault et Citroën deviennent durant les années 30,  deux grandes entreprises automobiles modernes et néanmoins rivales. La faillite de Citroën en 1935 propulse Renault en leader incontesté de l'automobile hexagonale.



La 2nde GM allait changer la donne chez Renault.

En 1940, le gouvernement français envoie Louis Renault aux EU afin qu'il achète des chars mais quand il rentre en France, celle-ci est occupée et les Allemands sont bien décidés à exploiter le fleuron de l'automobile française.  Pendant 4 ans Renault produit des automobiles, des camions pour la Wehrmacht.
Toute la question est de savoir si Renault a été un collaborateur zelé ou au contraire un industriel contraint à l'effort de guerre. IL semblerait ( à la lecture de nombreux articles sur le Net) que Renault et ses collaborateurs n'ont pas hésité à parfois, saboter quelques éléments de la production destinée aux Allemands.

Toujours est-il qu'en 1944, Renault vieilli et malade fut accusé de collaboration, il fut emprisonné puis interné dans un hôpital psychiatrique où il mourrut le 24 octobre 1944. Ses biens furent confisqués et son entreprise nationalisée (devenant la Régie Renault).
En 1967, son héritier reçut une indemnité pour les biens non industriels confisqués par l'Etat après la guerre.



JC Diedrich





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Mercredi 2 septembre 2009 3 02 /09 /2009 11:45

Il y a 70 ans, la France et le Royaume-Uni déclaraient la guerre à l'Allemagne. Vingt ans après la 1ère GM, Français et Anglais entraient dans ce conflit avec une certaine résignation.  A écouter Daladier ou Chamberlain, le ton n'a rien à voir avec les éructations du petit caporal allemand (Hitler).

Bien sûr, vous connaissez tous, les différences entorses au traité de Versailles, qu'Hitler a commises depuis son arrivée au pouvoir en 1933. Qui est l'homme qui a déclaré la guerre à Hitler ?




Extrait d'un journal canadien, à l'occasion des 50 ans du début de la 2nde GM, des images d'archives reprennent le cours des événements.


Daladier, le taureau du Vaucluse

Fils d'un boulanger, Edouard Daladier est reçu premier à l'agrégation d'histoire, il débute sa carrière au parti radical- radical socialiste en devenant maire de sa ville natale, Carpentras. En 1914, il combat sur le front avec le grade de lieutenant. La guerre, comme pour beaucoup de Français, marque profondément l'homme politique. Devenu député du Vaucluse, il prend également la tête du parti radical. A partir, 1924, il occupe différents postes ministériels, Ministre des colonies, de l'instruction et devient Président du Conseil (1er ministre) en 1933. Il participe enfin à l'aventure du Front Populaire en devenant Ministre de la Défense. Mais très vite, Edouard critique la politique économique et sociale du Front et succède finalement à Léon Blum.
 

Daladier, des accords de Munich au 3 septembre 39

Entre 1938 et 1940, Daladier dirige la France dans des moments dramatiques. Les aspirations territoriales d'Hitler sur la Tchécoslovaquie vont être l'occasion pour lui, de tester la détermination de la France et du Royaume-Uni. Le 29 septembre 1938, Hitler, Mussolini, CHamberlain et Daladier se rencontrent pour décider du sort de la Tchécoslovaquie. La France et le RU avaient signé à Locarno en 1926, un traité d'assistance avec ce pays, né du traité de Versailles. D'abord fortement opposé à tout compromis avec Hitler, Daladier se laisse convaincre par Chamberlain et signe les accords de Munich. La légende raconte qu'Edouard avait peur de se faire huer en arrivant en France, il s'est fait, au contraire acclamer.... Il aurait alors lâché : "Ah les cons, si ils savaient" !



                                 Accords de Munich, Daladier serrant la main à Mussolini



Daladier déclare la guerre

Daladier et beaucoup d'autres ont compris que la France ne devait plus reculer devant Hitler. L'attitude du gouvernement Daladier face aux revendications allemandes ou italiennes sera désormais intransigeante. Lorsque le 23 août 1939, Staline signe avec Hitler le pacte de non-agression germano-soviétique, le Parti communiste français est interdit en France.... La France ne peut plus espérer signer une alliance de revers comme en 1914 et devra affronter l'Allemagne sur un front.

La France gonfle torse et tente grâce à sa ligne Maginot ou ses colonies de faire bonne figure comme le montre une visite officielle de Daladier en janvier 1939 en Algérie et en Tunisie.
Dans un discours Daladier  évoque "La puissance de la France invincible"






Le 1er septembre 1939, l'Allemagne envahit la Pologne. La France et le Royaume-Uni lancent un ultimatum à Hitler qui ne croit pas que cette fois-ci les franco-britanniques sont déterminés à ne plus reculer. Le 3 septembre 1939, les deux pays déclarent la guerre contre l'Allemagne belliqueuse.


Ce derniers discours est enregistré quelques jours après .... Daladier souligne encore l'attachement de la France à la paix, comme un ancien soldat de la Grande Guerre mais il est contraint à la guerre.

En mars 1940, en pleine Drôle de Guerre, le gouvernement Daladier est renversé.  En juin 1940, Daladier quitte la France pour le Maroc. Le Régime de Vichy, poursuivra l'ancien président du Conseil pour trahison. Il est incarcéré jusqu'en 1943 puis mis en résidence surveillé jusqu'à la chute du régime.





Sa carrière politique se poursuivra après la guerre jusqu' à l'arrivée (à laquelle, il s'oppose) de De Gaulle au pouvoir, en 1958. Il meurt en 1970, à l'âge de 86 ans.
Daladier incarne l'une des dernières grandes figures de la France radicale de la IIIe république qui accompagne la France dans la défaite de 1940.


Par Diedrich - Publié dans : Première
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Mardi 3 mars 2009 2 03 /03 /2009 14:47

André et Julien sont deux orphelins qui, à l'automne 1871 quittent clandestinement la Lorraine annexée pour se lancer à la recherche de leur mère et leur oncle dans un long périple qui les obligera à traverser le territoire français jonché d'embuches.

Comment ce livre de lecture scolaire a participé  à la construction d'une identité républicaine et patriotique  ?


G Bruno comme son nom ne l'indique pas est en fait une écrivaine qui a pris ce pseudonyme pour publier l'ouvrage. De son vrai nom, Madame Alfred Fuillée, née Augustine Tuillerie (1833-1923) publia deux livres, le premier s'intitule Francinet (1869) et surtout le second est le Tour de la France par deux enfants (1877), avec pour sous-titre "Devoir et patrie" annonçant pour le moins son caractère édifiant.
  
                                                                    G. Bruno, Augustine Tuillerie 1833-1923

Ce livre écrit dans un style simple et clair, a plusieurs fonctions, il est à la fois un manuel de lecture, un roman d'apprentissage, une traité du bonheur, un manuel de géographie, de moral et de sciences naturelles. Il peut même servir de manuel pour soigner les vaches !

Chaque étape du périple est l'objet d'une petite aventure
au cours de laquelle, les deux frères sont confrontés à l'adversité qu'ils réussissent, bien sûr, à surmonter. L'aventure illustre généralement une maxime d'une belle morale édifiante qu'on retrouve au début de chaque chapitre.
Par exemple
- "Enfants, la vie entière pourrait être comparée à un voyage où l'on rencontre sans cesse des difficultés nouvelles".
- "Celui qui se fait reconnaître pour un honnête garçon trouve aide et sympathie partout où il passe"
- "Il faut se soumettre à la loi même quand elle nous paraît dure et pénible".
- "Plus un pays est pauvre, plus il a besoin d'instruction;car l'instruction rend industrieux et apprend à tirer parti de tout."

Cela n'aura échappé à personne que le début du livre ne commence plus vraiment en France. Phalsbourg (comme le reste de l'Alsace-Moselle) a été annexée par le traité de Francfort de 1871. Le départ des deux enfants est d'une  part, une allusion à l'Option (c'est-à-dire le choix que les populations annexées avait de devenir allemand ou d'Opter pour le départ : les "plus patriotes" partiront ) et d'autre part une allusion au deuil de la nation à l'égard de ces deux provinces perdues.
Le périple est de ce fait une sorte de réappropriation du territoire français et une célébration du génie français à travers son histoire (ses héros) et les richesses (naturelles, architecturales) des différentes régions traversées.                                                                        Vercingétorix

Le livre se termine bien, comme il se doit, les enfants retrouvent l'oncle dans une ferme de l'Orléanais.... L'idéal d'une France rurale semble être encore de mise. Le dernier chapitre résume à lui tout seul ce best-sellers puisqu'il s'intitule "J'aime la France"....


La première publication en 1877 va rapidement être suivie de rééditions nombreuses (je possède un exemplaire ancien de la 326è édition !!!). En dix ans, ce livre est déjà publié à 3 millions d'exemplaires...en un siècle, il dépasse les 8,5 M d'exemplaires. Destiné aux élèves de l'école primaire, il est devenu le livre de lecture de millions de jeunes français de l'école républicaine instaurée par Jules Ferry en 1882. Il a donc rempli sa fonction de catéchèse républicaine en imposant une morale laïque (surtout dans l'édition épurée de 1906).

Jean-Christophe Diedrich

Biblio
OZOUF Mona et Jacques, "Le tour de France par deux enfants", Les Lieux de mémoire (ss dir P. Nora), Tome 1, la république, Gallimard, Paris, 1984, pp 291-321 pp

Voir également :
Un site où vous pourrez télécharger les trois versions du livre en version PDF et regarder toutes les illustrations.

Voir l'article d'Etienne Augris sur son  blog

Par Diedrich - Publié dans : Première
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Mardi 24 février 2009 2 24 /02 /2009 19:21

Ratapoil....Si on décompose rat à poil est une figure inventée par Honoré Daumier dès 1850 afin de critiquer le premier président de la république, Louis Napoléon Bonaparte, aux ambitions malsaines. Le Colonel Ratapoil incarne ainsi les idées politiques et l'opportunisme du neveu de Napoléon Ier.
Que veut dire Ratapoil dans cette France de la Seconde république et du Second Empire ?

                                                 (Statue de Ratapoil, bronze à l'identique du plâtre, 1891)



Honoré Daumier  est un peintre (classé généralement parmi les réalistes), sculpteur, caricaturiste et lithographe en 1808 à Marseille. Il débute sa carrière comme lithographe dans le journal Silhouette puis dans la Caricature. La presse en plein essor a recour à cette technique pour illustrer ses colonnes. Durant toute cette époque (1815-1881),  la presse est confrontée à la censure plus ou moins déguisée, imposée par les différents régimes en place. En 1832, Daumier représente le roi Louis-Philippe sous la forme de Gargantua et est condamné à six mois de prison.  Les lois sur la presse de 1835 renforcent encore la censure et Daumier se détourne un temps de la politique en caricaturant les moeurs de ses contemporains : les juges, les bourgeois, les médecins, le peuple et leurs travers.


Républicain convaincu Daumier peint le célèbre tableau La République, allégorie de la République nouricière en 1848 quand la France devient un temps républicaine. L'élection de Louis Napoléon Bonaparte au poste de président de la République confirme le retour du Parti de l'Ordre au pouvoir. Elu pour quatre ans, non-renouvelable, il lance dès 1850 une campagne visant à changer la constitution pour se maintenir à la tête de l'Etat.

La réaction du quotidien satirique de Charles Philippon, le Charivari ne se fait pas attendre, Daumier décide de créer un personnage qui représentera un agent de propagande à la solde du pouvoir, le surnommant du sobriquet peu élégant, Ratapoil. Daumier réalise une statue d'argile de son personnage dont les répliques en plâtre seront exposées seulement en 1878 (après le retour de la République).  Une trentaine de dessins rythment cette contre-campagne de presse qui empêche Louis Napoléon Bonaparte de modifier la constitution mais le conduit alors à organiser son coup d'Etat, le 2 décembre 1851.





« Belle dame, voulez-vous bien accepter mon bras ? - Votre passion est trop subite pour que je puisse y croire ! » Le 25 septembre1851, Daumier publie cette lithographie dans Le Charivari, cette lithographie exprime le scepticisme de Daumier à l'égard des convictions républicaines du président Louis Napoléon Bonaparte.


Quant au personnage de Ratapoil, il représente plus ou moins Louis-Napoléon par sa moustache et sa barbichette mais sa silhouette est longiligne quant à sa redingote et son chapeau, ils sont usés jusqu'à la moëlle ! Cet homme incarne sans doute, les vieux nostalgiques, un peu fou, du Ier Empire portant leurs espoirs sur ce nouveau Bonaparte, Louis Napoléon.
Il est à remarquer que Ratapoil ressemble beaucoup aux traits de ce fou de Don Quichotte (que Daumier a également représenté dans ses peintures).


























Nouveau joujou dédié par Ratapoil aux enfants des décembristes (à gauche),  Un citoyen résistant même aux supplications (propagandistes) de Ratapoil (à droite).


                       Cette dernière illustration critique également le militarisme du nouveau régime.

Ratapoil est ainsi cette figure inventée par Daumier pour combattre par la caricature les desseins de Louis Napoléon Bonaparte que Victor Hugo va rapidement surnommer, Napoléon le Petit. 
Le césarisme de Napoléon III est un savant aménagement du pouvoir politique mêlant autoritarisme et démocratie. Le pouvoir personnel est ainsi légitimé par des consultations électorales : les  plébiscites. Les citoyens sont appelés à manifester leur confiance en se prononçant par oui ou par non sur un texte donné. Ce type de consultatation favorise généralement le vote "oui" et donc le pouvoir en place.


Jean-Christophe Diedrich

Par Diedrich - Publié dans : Première
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