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Sanseverino nous amène dans un univers plein de nostalgie mais aussi dans un constat très triste : la France avait des ouvriers, elle les a perdus désormais.  Bien sûr, la chanson résonne d’une manière très particulière dans la tête d’un Lorrain qui a été le témoin de tant de bouleversements, d’effondrements et de déchaînements ces trente dernières années.   

 

 

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     Ouvriers du haut-fourneau R7 (construit en 1902), usine de Rombas (photo du livre de JJ Sitek).


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Les ouvriers mais aussi les ouvrières : ici des mineurs en remplacement des hommes partis au Front, 1914-1918.

(JJ Sitek)

 

 

Les usines

La chanson débute par une énumération de vieux métiers, de vieilles manufactures. Elle parle d’usines de chaussures. Là bien sûr, on est tenté de penser par exemple à la fermeture de l’usine Bata située en pleine campagne en Moselle Est, à  Moussey en 2001. Cette usine construite en 1931 par le tchèque Tomas Bata a longtemps été considérée comme un modèle utopique et paternaliste. Mais en 2001, le groupe Bata ferme arbitrairement cette usine.

 

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« Bataville » à Moussey

 

Il évoque aussi les chantiers navals de la Ciotat fermé en 1987 et le site des usines Renault de l’ïle Séguin à Billancourt où se trouvaient l’essentiel de la production entre 1919 et 1992. Renault, la marque française au losange n’assemble plus que 27 % de sa production en France.

 

 

 

Les luttes

Ces ouvriers avaient réussi pourtant à s’organiser en syndicat, à réclamer des droits grâce à  une prise de conscience que la classe des ouvriers étaient exploités injustement. 

 

L’histoire des luttes ouvrières débute sans aucun doute avec la révolte des Canuts. Ce sont les travailleurs de la soie à Lyon qui en 1831 se révoltent une première fois (Sanseverino parle de 1881, une erreur involontaire ?  Plutôt volontaire, il aime dire « merde au système », ici je l’imagine en train de se dire, il y aura bien un historien « maître Capellotien » qui reprendra et corrigera l’erreur !).

Le point d’orgue dans la mémoire collective de ces luttes demeure sans aucun doute le moment du Front Populaire : la victoire électorale, l’occupation des usines et finalement les accords de Matignon qui validaient une augmentation des salaires, deux semaines de congés payés et la semaine de 40 h.

 

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Mai-juin36, Blocage du portier 2, au Moulin neuf, Rombas (JJ Sitek)

 

 

Les fermetures et la fin des ouvriers

 

La chanson n’est évidemment pas un programme politique, encore moins un tract syndical. Sanseverino imagine qu’on puisse partager le temps de travail (une loi des 35 h qui irait jusqu’au bout de sa logique).....Il ne voit d’ailleurs pas cela comme une utopie.

Mais la lucidité des paroles achève la chanson, « dans la sidérurgie, on ne passera pas notre vie » et les espoirs des ouvriers.  La fermeture des derniers fourneaux à Hayange et Gandrange par l’indien Mittal va sans doute clôturer une histoire de trois siècles d’industrie sidérurgique en Lorraine. Un blog syndical relate avec photos à l’appui, le passage de Nicolas Sarkozy à Gandrange et des promesses qu’il n’a pas tenues.

 

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Photographie de la manifestation du 3 octobre 2011 (photo du RL : voir l’article)

 

Bien sûr, le combat collectif demeure la solution mais le découragement et la mondialisation semblent donner raison à la fatalité.

 

 

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Vue sur l’usine de Gandrange, aujourd’hui 

 

Les ouvriers disparaissent donc de la France en même temps que les usines. Le rapport de Lilas Demmou (rapport de la DG du Trésor) en explique avec précision les mécanismes.

 

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(extrait du rapport de Lilas Demmou, 2010)

 

                La perte de 1,9 millions d’emplois dans l’industrie entre 1980 et 2007 laisse peu d’espoir pour ce secteur d’activité. Les dernières phrases de la chanson témoignent d’un processus qui semble irréversible (à moins de parler de démondialisation ?). D'ailleurs, les manifestants n'ont plus les "arcades ouvertes", les élus aujourd'hui sont à leurs côtés mais tous sont bien démunis face à l'Ogre Lakshmi Mittal, sorte de parangon de la mondialisation.

 

 

 

 

Les ouvriers

 

Ecouter sur Deezer (album Exactement : chanson n°8)

 

Charpentier, imprimeur, mécanicien, tourneur,
De vieilles manufactures ou d'usines de chaussures
De crises économiques en restructurations,
De fermetures d'usines et de chantiers en perdition.
Salut c'est nous, nous sommes les ouvriers

Manufacture de coton, de laine et de soie
Les forges chez Renault, chantiers de La Ciotat
D'où sortaient les bagnoles, des paquebots et du tissu.
Y'en avait du boulot, ben, aujourd'hui, y'en a plus.
Cadences précarité, nous sommes les ouvriers.

Le Front Pop de 36, c'était y a bien longtemps.
40 heures à la semaine, de l'espoir pour 20 ans
Les congés sont payés, on n'osait même plus en rêver.
Ca durera pas longtemps le chômage viendra tout doucement.
On va morfler, c'est nous les ouvriers.

Tabassés les canuts 1881,
1848 les ouvriers parisiens,
Le travail à la chaîne des O.S de chez Citroën
Métro, déprime, dodo des licenciés chez Renault.
C'est notre histoire à nous, à nous les ouvriers.

Prolétaires, patrons milliardaires
Sont faits pour se plaire.
Pourquoi pas aménager, modifier les horaires
Et changer aussi les salaires.
Ceux pour qui on bossait nous ont bien baisés,
C'est compris merci, c'est pas compliqué.
De moins en moins payés, nous sommes les ouvriers.

Une grève générale et le pouvoir vacille.
Sacrifier son salaire n'est pas aussi facile.
Pour le pouvoir d'achat, il n'y a qu'le combat collectif,
L'augmentation du niveau d'vie sera notre objectif.
Tout va changer, c'est nous les ouvriers.

Rentrer d'une manif les deux arcades ouvertes
Retour au quotidien, omelette et salade verte.
Avoir quelques copains, discuter politique,
Partage du temps d'travail, ce n'est pas utopique
C'est nos idées à nous, à nous les ouvriers.

Prolétaires, patrons milliardaires
Sont fait pour se plaire.
Pourquoi pas aménager, modifier les horaires
et changer aussi les salaires
Ceux pour qui on bossaient nous ont bien baisés,
C'est compris merci, c'est pas compliqué.
De moins en moins nombreux, nous sommes les ouvriers

Le prolo qui va au charbon a toujours raison.
L'ouvrier parisien est teigneux comme un chien.
Dans la sidérurgie on passera pas notre vie.

 

 

 

 

Bibliographie

  JJ Sitek, Le monde de l’usine, Rombas, Serge Domini, 2005, 303p.

G. Noiriel, Les ouvriers dans la société français, Point Seuil, 1986.

 

 

JC Diedrich

Tag(s) : #Première

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