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Sa mort, courant septembre est passée presqu'inaperçue. Bien sûr Télérama et Libération ont fait leur Une sur la disparition du photographe à la longévité exceptionnelle. Mais Willy Ronis est longtemps resté dans l'ombre de Robert Doisneau ou de Cartier-Bresson.




Qui était Willy Ronis (Ronisen de son vrai nom), en quoi ce photographe peut-il être appelé un photographe humaniste ?
Né à Paris en 1910, il est le fils d'un immigré juif ukrainien qui fuyait les pogroms. Sa mère est pianiste, il rêve lui aussi de devenir musicien mais à son retour de service militaire, son père photographe, lui demande de l'aider à son atelier.
Sa carrière de photographe débute vers 1936, à la mort de son père lorsqu'il abandonne le studio pour se lancer dans la photo de rue.
Très vite, il apprend à saisir des instants, des personnages ....Son sujet de prédilection est la rue, plus précisément les quartiers populaires : Ménilmontant, Belleville,

"Je ne mets pas en scène, je négocie l'aléatoire", cette phrase résume le travail patient de Willy Ronis, observateur infatigable de la beauté fugace des scènes de la vie. Il saisit d'abord, les milieux populaires dans leur loisir mais également dans leurs luttes : les manifestations du Front Populaire sont les premiers clichés qu'il réussit à vendre, lea occupations d'usine avec cette femme qui harangue la foule lors des grèves à Citroën (1938).
Rose Zehner est cette femme qui a osé prendre la parole au milieu de cette foule en colère. Longtemps ce cliché est resté dans les cartons du photographe. Quarante ans plus tard, il publie et expose la photographie, la cousine de Rose contacte le photographe. 




Des histoires comme cela, Willy Ronis en raconte des dizaines et des dizaines à travers ses interviews ou ses livres.


Une autre photographie est prise en 1947 à Joinville lors d'un reportage sur les guinguettes. Chez Maxe, Ronis est immédiatement attiré par un groupe de danseurs. Il n'arrive pas à les prendre d'aussi loin, il s'installe sur une chaise et fait signe au danseur accompagné de deux femmes de s'approcher. L'ayant remarqué, le danseur continue à danser tout en s'approchant. Elégant et sûr de lui, le jeune homme laisse transparaître sa jeunesse et sa robustesse. Mais quand la musique s'est arrêtée et qu'il a repris sa place, Ronis s'aperçut qu'il avait un pied bot, handicap complètement invisible pendant la danse.
Laissons s'exprimer encore WIlly Ronis pour comprendre son art :

" Le moment où je choisi de prendre une photo est très difficile à définir. C'est très complexe. Parfois, les choses me sont offertes, avec grâce. C'est ce que j'appelle le moment juste. Je sais bie que si j'attends, ce sera perdu, enfui. J'aime cette précision de l'instant. D'autres fois, j'aide le destin. Par exemple, ici, je sais que le premier couple ne s'est rendu compte de rien, mais pour avoir cette photo précise, je les ai vraiment appelés, mes danseurs. L'histoire ne s'arrête pas là. Il y a trois ans, j'ai reçu une lettre de la danseuse qui est sur la droite. Elle me disait qu'elle voyait cette photo de temps en temps dans la presse et qu'elle tenait à me dire combien elle était touchée par tout ce qu'elle représentait. Sa jeunesse, l'ambiance de ces guinguettes, et bien sûr la jeune fille qui dansait sur la gauche qui était une copine d'enfance. Mais le garçon, non, elles ne l'avaient plus jamais revu. Elles n'avaient dansé que cette fois-là avec lui."




Les années 40 et 50, l'école humaniste française, autour du Groupe des XV (groupe de 15 photographes se réunissant  régulièrement à partir de 1946) connaît une sorte d'apogée. Willy publie ses photos pour de nombreux journaux et arrive également à publier ses livres (qui ne sont pas tous un succès).



Durant les années 60 et 70, les photographes humanistes sont passés de mode. Willy Ronis doit quitter la capitale et s'installe dans le Midi où il enseigne son art. Ces années sont un peu des années d'oubli pour les photographes qualifiés d'humanistes (Ronis, Doisneau, Boubat, Izis) mais dans les années 80 avec la mode du rétro, on les redécouvre : on republie poster, carte postale et autres supports les photographies d'un Paris disparu.
Des livres sont republiés. J'ai entre les mains, une nouvelle édition de Belleville Ménilmontant chez Hoëbecke datant de 1999 dans laquelle Willy Ronis représente pour cette 3è réédition, de nouveaux clichés et Didier Daenickx, le romancier de talent qui nous emmène dans une petite histoire dans ce quartier populaire.

Le photographe infatigable continue à hanter les rues des quartiers populaires parisiens encore quelques années....saisissant les Parisiens dans un Paris qui s'est transformé, tours de verre, cabines téléphoniques, voitures....les visages, les attitudes nous racontent toujours les mêmes histoires.



Finissons ce portrait de Willy Ronis en évoquant  Le mineur silicosé, 1951...le portrait de ce mineur usé par la vie, le travail, la maladie.... ne devrait pas vous laisser insensible.

Lors d'un reportage à Lens, on avait conduit Ronis, chez un mineur silicosé. Ce dernier était très malade et en avait plus pour très longtemps. Il regardait dehors, fumait encore et encore. Il est mort quelques mois après à l'âge de 47 ans....


 






Willy Ronis, Ce jour-là, Folio, 2008, 192 p
Willy Ronis, Didier Daeninckx, Belleville Ménilmontant, 1999, 99 p.


JC Diedrich

Tag(s) : #Découvertes et promenades

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