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Ceux qui pensent que la BD est un art mineur, réservée essentiellement aux enfants, je vous invite à lire ce livre, Medz Yeghern, le Grand mal de Paolo Cossi.





En effet, il aborde un sujet assez original pour ce type de support, le génocide arménien. Bien sûr, le dossier spécial de l'Histoire d'avril dernier, la pétition sur Internet émanant de Turcs demandant pardon au peuple arménien, les travaux d'historiens turcs décrivant ce génocide (Fuat Dündar, Taner Akçam) semblent  contribuer à faire sortir progressivement de l'oubli ce génocide encore méconnu du grand public.
Il n'en demeure pas moins que le sujet reste encore très sensible pour les autorités turques (plus particulièrement ches les nationalistes).
Surtout quand l'Assemblée nationale de la France a reconnu officiellement le génocide arménien par une loi dite  mémorielle (octobre 2006). Cela a fortement déplu aux autorités turques. Bref, encore beaucoup de crispations autour de cet événement historique.
 


Cette BD a pour grande vertu de présenter dans une histoire courte, la réalité de cet "épisode" de la 1ère GM. Le dessin est un peu austère, car en noir et blanc mais ce qui saisit immédiatement le lecteur c'est le réalisme des scènes et des attitudes des personnages. Sans tomber, certes,  dans un "hyper réalisme," Paolo Cossi n'hésite pas à montrer les actes les plus violents de cette extermination du peuple arménien. Il s'inspire comme il le signale en note, de véritables photographies prises lors des massacres. Mais parfois le dessinateur prend une certaine liberté à représenter ces massacres par quelques déformations qui évoquent des images de cauchemard. A d'autres moments, ce sont de gros plans sur les visages ou sur les regards qui ne sont pas sans rappeler certains plans de films du cinéma expressionniste.
L'histoire raconte comment une jeune arménien du nom d'Aram, soldat de l'armée turque est éloigné du front pour être exécuté avec d'autres jeunes arméniens. Par chance, il survit et trouve de l'aide auprès d'un Turc qui n'accepte pas cette épuration ethnique (voilà une petite trouvaille scénaristique qui évite tout manichéisme). Par ailleurs, des témoins extérieurs, en particulier, allemands, alliés des Turcs dans cette guerre tentent de dénoncer ces crimes. 


Dans la préface de cette belle BD, Antonia Arslan déplore que ce génocide ne soit  toujours pas abordé dans nos programmes scolaires : qu'il se rassure. Désormais, il se trouve en bonne place dans les programmes : en classe de 3è et en 1ère. II est  d'ailleurs, le 1er génocide du 20è siècle qui est étudié dans la perspective d'un second, plus connu, celui des juifs. Il n'en demeure pas moins que la question peut être sensible encore dans des classes où nous avons des jeunes d'origine turque mais que cela ne nous empêche pas de rechercher une certaine vérité historique, la plus objective possible. La multiplication des travaux, des supports et des approches peut nous faciliter la tâche. Cette BD trouvera donc bientôt sa place dans notre CDI.



Après une rapide recherche sur Youtube, je constate que certains documents mis en ligne proviennent de la propagande turque (sans doute nationaliste). Eh, oui, le Net est également un moyen de diffuser une histoire revue et corrigée voire de la pure désinformation...Rien de neuf sur le soleil, ce qui nécessite sur le sujet (Arménien) un certain sens critique.

En attendant, voici un petit reportage extrait de Soir 3 (résumant rapidement le génocide et donnant la parole aux témoins du massacre).




JC Diedrich





Tag(s) : #Revue de presse

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