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Poursuivons notre "belle" série de dictateurs, après  Batista, Amin Dada et Mobutu voici Jorge Rafael Videla qui sévit en Argentine entre 1976 et 1981.

L'Amérique latine a longtemps rimé avec dictature militaire et Hergé ne s'y est pas trompé en inventant le célèbre général Alcazar. A priori, notre homme pourrait faire penser à ce personnage de BD mais en beaucoup moins sympathique.

Origines de Videla
Jorge Rafael Videla est né à Mercedes (province de Buenos Aires) en 1925, fils d'un officier, il entre dans une école d'officier et après avoir servi pour le ministère de la défense, il devient général à seulement 46 ans. Puis il est nommé commandant en chef des armées   sous le gouvernement d'Isabela Peron (la 3ème épouse de Peron qui est alors placée en résidence surveillée en Patagonie). En mars 1976, il prend le pouvoir et dirige la junte militaire composée de l'amiral Emilio Eduardo Massera et du commandant des forces aériennes, le Brigadier-général Ramón Agosti. L'objectif de ce nouveau régime dictatorial est de lutter contre les menaces communistes et tous les autres mouvements sociaux qui paraissaient inacceptables pour l'oligarchie argentine. 

La répression de la junte
Durant les sept années de la junte, une politique de répression implacable s'exerce sur toutes les couches de la population. Des gens disparaissent, subissent des actes de tortures, des familles entières sont exterminées sans aucune réaction de l'Eglise, de la presse ou de la Justice. Cette répression sanglante, Videla en prend une grande part de responsabilité puisqu'il estime utile d'éliminer tous ceux dont "les idées ne correspondent pas aux idéaux occidentaux et chrétiens". Il poursuit néanmoins "l'oeuvre" des régimes précédents très anticommunistes qui menaient ce que certains ont appelé "la guerre sale".
La junte concentre tout particulièrement sa répression sur les personnalités de gauche et surtout les jeunes. Ainsi, le 16 septembre 76, de jeunes lycéens réclamant des réductions du prix des transports scolaires sont éliminés malgré leur jeune âge. Les jeunes enfants ou nouveau-nés des familles éliminés sont confiés à des familles de militaire ou des organismes caritatifs.


Le bilan de cette répression est lourd. Une commission d'enquête en 1983 avait recensé 8 960 disparitions mais ce chiffre est sans aucun doute en dessous de la réalité car à cette date, beaucoup de familles n'avaient pas réclamé encore leurs disparus. L'association des mères de la place de Mai avance un chiffre supérieur à 30 000 disparus. 


 

La politique économique et sociale de la junte

La junte au pouvoir, très anticommuniste défend en matière économique les intérêts des grandes familles. Rapidement, Videla privatise et redistribue un tiers des entreprises d'Etat aux sympathisants du régime. L'économie s'ouvre largement au commerce international. Les EU renforcent alors leur position sur ce marché.  Jose Martinez de Hoz, ministre de l'économie  met en place une économie ultralibérale. Les prix libérés, les barrières douanières presque supprimées ont  ainsi favorisé les spéculateurs et les financiers.
Cette politique produit une forte croissance de l'endettement du pays 8 milliards en 1976 pour 45 milliards en 1983 et une inflation sup à 170 % en 1978.

Quant à la politique sociale, la lutte contre les syndicats de gauche ne laisse que peu de marges aux opposants, les quelques conquêtes sociales concédées sous Peron sont remises en cause très rapidement. Les salaires baissent durant cette période.


La junte et le Mondial
L'organisation du Mondial de football (accordée par la FIFA en 1970, avant le coup d'Etat) est l'occasion de redorer le blason du régime et de faire oublier à la population la répression et la crise économique latente.
Dans les pays occidentaux, on tente d'organiser le boycott de cette compétition (lire l'article de J Blottière sur le sujet) mais les associations ne trouvent pas chez les politiques des relais suffisants. Mis à part, J Cruyff peu de joueurs décideront de boycotter ce mondial.
Après avoir tenté de truquer le tirage au sort, la junte laisse se dérouler le mondial à peu près normalement. L'arbitrage permet à l'équipe d'Argentine d'atteindre la finale et de remporter le trophée si convoité.




Videla après la junte

Videla décide en 1981 de céder la présidence à un autre général, le Gl Viola mais c'est la défaite dans la guerre des Malouines qui précipite la chute de la junte et  le retour à la démocratie.
Comment les différents gouvernements démocratiques vont-ils gérer ce lourd héritage ? Raoul Alfonsin est favorable à la mise en place d'une commission d'enquête puis d'un grand procès qui condamne en 1985 Videla et ses sbires à un emprisonnement à perpétuité. L'année suivante, face au mécontentement de l'armée une loi appelée "du point final" impose dans un délai de 60 jours la fin des plaintes des victimes du régime. En 1987, on abandonne toute poursuite de tous les militaires ayant participé de près ou de loin à la junte.
Enfin, en 1990, le nouveau président Carlos Menem gracie le général Videla.   La justice n'en a pas complètement fini avec l'ex-dictateur.



En 1998, un juge lance une nouvelle procédure contre Videla pour sa responsabilité dans les appropriations de nouveau-nés. Il est arrêté et placé en résidence surveillée. En 2001, un juge fédéral inculpe également VIdela pour sa participation à l'opération Condor (opération conjointe des dictatures d'Amérique latine et de la CIA visant à assassiner tous les opposants de gauche).  L'élection de Nestor Kirchner en 2003 facilite l'annulation des grâces et amnisties qu'avait pu bénéficier le dictateur. En 2008, Videla a dû quitter son appartement luxueux de Buenos Aires dans lequel il était assigné pour être détenu dans une prison militaire au Nord de la capitale. Il attend toujours l'ouverture de ses procès à bientôt 84 ans, le temps presse.




JC Diedrich

Tag(s) : #Dictateurs

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