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"Jambier, 45 rue Poliveau, j'veux 2000 francs " c'est sans doute l'une des scènes les plus tragi-comiques du cinéma français d'après guerre. Comme promis, je vous en dis un peu plus de ce superbe film de Claude Autant-Lara. Voici d'ailleurs un long extrait de cette célèbre scène...Spéciale dédicace pour les élèves qui n'aiment pas les films français en N et B.







Le film sort sur les écrans parisiens en 1953, il est l'adaptation du roman de Marcel Aymé parut en 1947 dans un recueil intitulé Le vin de Paris.  L'intérêt de ce film, c'est sans aucun doute son ton et son esprit vachard qui tranche avec la période que nous avons intitulé dans notre cours : le résistancialisme (néologisme que l'on doit à l'historien Henry Rousso). Durant l'immédiate après guerre, le temps est à la reconstruction et à la réconciliation nationale. La collaboration est donc nécessairement minimisée, le mythe selon lequel Pétain aurait été un bouclier face à l'infamie allemande se développe.
Le roman mais aussi le film nous montrent tout autre chose. Marcel Aymé démontre encore sa grande liberté de ton, n'hésitant pas à choquer ses contemporains.  Il faut dire que l'auteur n'a pas passé l'Occupation dans le maquis. Même si rien dans ses textes laisse croire à un soutien au régime de Vichy, Aymé a publié régulièrement dans deux ou trois journaux collaborationnistes. Ses amitiés avec Céline ou Brazillach deviennent même un gros handicap à la Libération. Surtout quand Marcel Aymé lance une pétition pour sauver Brazillach de la peine de mort, au moment de l'épuration légale.
La lâcheté, la pleutrerie, l'hypocrisie, le mensonge de ses concitoyens l'ont ainsi fortement inspiré dans des romans tels que La traversée de Paris, mais également Uranus ou encore dans des pièces de théâtre comme la Tête des autres (excellente pièce noire et cynique de 1952 contre la peine de morte).


Le second extrait est pire encore, il constitue une attaque en règle contre la France attentiste, celle qui n'est pas assez courageuse pour résister ou même collaborer. Durant cette scène, Gabin découvre que le couple  de cafetiers exploite une jeune fille qui porte l'étoile jaune. Il finit par insulter les clients cachés du bar par un terrible "Salauds de pauvres"....



Il faudra attendre les années 70-80 pour que Robert Paxton démystifie le rôle de Pétain et que le cinéma français se saisissent enfin de l'ensemble des thèmes sombres de cette période :  la Collaboration, l'antisémitisme et le marché noir.


Jean-Christophe Diedrich



Tag(s) : #Cinéma

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