Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

La semaine de l'environnement au lycée sera l'occasion d'une prise de conscience collective du problème de l'environnement, problème qui doit être relié à la question de la citoyenneté.

Devant tant d'indifférence ou de bons sentiments sans actes concrets, la seule véritable solution semble être l'éducation par la connaissance des difficultés et des enjeux  actuels. C'est pour cela qu'un projet orchestré par notre collègue et néanmoins ami, François Drapier a pu voir le jour.

- Une série de conférences sont organisées cette semaine.
- Des slogans écolos sont affichés un peu partout dans la cité scolaire
- Un cri collectif est prévu chaque jour à 10 heures....etc...

 Je vous propose donc un petit résumé de l'histoire du mouvement écolo en France (inspiré du livre de Roger Cans publié en 2006 aux éditions Delachaux et Niestlé)

PETITE HISTOIRE SUPER RAPIDE DE L'ECOLOGIE EN FRANCE

La prise de conscience de l'écologie en France est plutôt tardive comparée à nos voisins anglais, allemands ou scandinaves. Dans notre pays, elle est au départ défendue par des penseurs atypiques, des voyageurs et quelques universitaires. Il faut véritablement attendre les années 70 pour que le sujet devienne central et les années 2000 pour qu'il devienne vital.

Jusqu'au milieu du 18è siècle, la nature est perçue comme « méchante », dangereuse mettant l'Homme à l'épreuve. La nature n'est donc pas célébrée mais plutôt crainte. Les expéditions scientifiques de Bougainville, Humboldt mettent en avant la richesse et l'extrême diversité de la nature. Le marcheur solitaire, Rousseau va définitivement changer le rapport de l'homme à la nature. Pour celui-ci, la nature devient merveille, équilibre, mère de toutes les vertus, il peut alors s'extasier devant autant de beauté. La nature a été faite pour l'homme, elle est donc bonne par essence. Au 19è siècle, les zoologistes, les entomologistes rendent populaire les sciences de la nature et on commence à vouloir protéger des sites naturels exceptionnels : les Gorges de Franchard en 1852 (dans la forêt de Fontainebleau) par exemple.
Invention du terme écologie : le terme a été inventé par le biologiste allemand Ernnst Haeckel en 1866. Il entre dans le Petit Larousse en 1956. Quant au terme écologiste, il fait son entrée dans le même dictionnaire en 1976 seulement !


Dans la première moitié du 20è siècle, la nature doit composer avec de nouvelles modes : l'effort physique, le sport, la machine et la technique. De nouvelles activités telles que tourisme automobile ou l'alpinisme séduisent une population aristocratiques, bourgeoises et bientôt populaire car elles permettent aux hommes de cultiver leur rapport avec la nature.
Pourtant dans les années 1920-1930, on retrouve dans les manuels scolaires une vision très utilitariste de la nature : elle demeure avant tout un inépuisable réservoir à bestioles classées en deux catégories : les « utiles » pour l'homme et les « nuisibles » qu'il faut donc détruire.


LES DINOSAURES DE L'ECOLOGIE FRANCAISE

Nous vous proposons de présenter ici, quelques biographies succinctes des grandes figures de l'écologie française, époque où le nom n'avait pas beaucoup de sens pour le grand public.


Les DUMONT, père et fils
Rémy Dumont est un instituteur qui est devenu ingénieur agricole. Il publie pour Larousse en 1923 Memento qui est un traité agricole qui préconise l'utilisation d'engrais naturels plutôt que les nouveaux engrais chimiques.

René Dumont (1904-2001) devient ingénieur agronome, envoyé en mission au Tonkin en 1929, il publie un livre La culture du riz dans le delta du Tonkin dans lequel il met en garde à ne pas généraliser « l'artificialisation du milieu ». Dans cette étude, l'auteur évoque déjà les idées d'un développement d

urable, d'un éco-système

fragile etc... Il deviendra en 1974, le premier candidat écologiste à la présidentielle.

 

René DUBOS (1901-1982)
Est un agronome français, inventeur du 1er antibiotique. En 1972, il publie le rapport de la 1ère conférence internationale sur l'Environnement humain de Stockholm ayant le titre : nous n'avons qu'une terre.


Bernard CHARBONNEAU (1910-1996)

Est un penseur, philosophe né à Bordeaux. Enseignant, il vit à l'écart de l'effervescence idéologique des années 30 à 60, il dénonce la dictature de l'économie et du développement. Il critique également le progrès technique, source de toujours plus d'organisation et de moins de liberté. L'Hommauto, livre publié en 1967, décrit les ravages de l'automobile sur les sociétés humaines, paysages dévastés, pollution, accidents, vitesse etc...

Jacques ELLUL (1912-1994)
En 1954, Jacques Ellul publie La technique ou l'enjeu du siè

cle : dans ce livre l'auteur explique que jusqu'au 17è siècle, l'homme utilisait les outils et les techniques contre la puissance de la nature mais aujourd'hui, la civilisation accumule les machines et les outils qui nous conditionnent et dictent nos décisions. L'homme devient l'esclave de ces nouveaux outils. La technique ne fait donc pas progresser automatiquement le genre humain. (cf portrait)

 


 

Bertrand de JOUVENEL (1903-1987)
En 1957, il publie un article intitulé « l'économie politique de la gratuité » dans lequel, il évoque pour la première fois le terme d'écologie politique. Selon lui, il faut que l'on prenne en compte tous les biens et les services gratuits fournis par la nature.
En 1960, il crée un club et une revue appelés «les futuribles »n, c'est-à-dire les futurs possibles qui envisage les futurs et les dangers à venir.

 

L'APRES 68,
LES DEBUTS D'UNE PRISE DE CONSCIENCE

Mai 68 n'a certes pas inventé l'écologie mais le bouillonnement d'idées nouvelles qui en a découlé l'a fait entrer en politique. Le début d'une prise de conscience et d'une contestation voient alors le jour et cherchent à lutter contre la société de consommation et ses dérives (pollution, urbanisation anarchiques, bétonisation du littoral etc...)

 

Naissance de la FFSPN (fédération française des sociétés protectrices de la nature)
Les associations de protection de la nature sont déjà nombreuses en 1968 mais finalement assez isolées. En 1969, Pierre Aguesse, François Lapoix et Christian Garnier décident de les fédérer en un ensemble plus vaste : ainsi les LPO et toutes les autres associations deviennent des interlocuteurs et un véritable groupe de pression qui va permettre la contestation.

 

La centrale nucléaire de Fessenheim

La 1ère grande contestation importante est sans aucun doute débute en 1970 quand EDF décide d'installer en Alsace à Fessenheim une centrale nucléaire. Jusqu'à cette date, EDF n'avait eu aucun problème à implanter ses centrales dans le Val de Loire, en Bretagne ou dans la vallée du Rhône. Influencés par les pacifistes allemands et le naturaliste suisse Robert Hainard, des militants alsaciens vont se mobiliser.
En 1972, une gigantesque manifestation rassemble sur le site plusieurs milliers d'opposants sous le slogan de Théodore Monod
« Inactifs aujourd'hui, radioactifs demain ! »

La centrale verra pourtant le jour...


La bataille du Larzac

En 1971, le ministère de la Défense décide d'agrandir de 35 000 ha le camp militaire situé sur le causse du Larzac (Aveyron) pour cela, il faut exproprier 103 paysans. D'abord isolés, ils vont être rejoint par des militants pacifistes dont Théodore Monod et les premiers hippies.
Ces derniers participent activement à la construction de la bergerie de la Blaquière en face du camp militaire.
Les mobilisations successives vont se poursuivre jusqu'en 1981 date à laquelle on abandonne le projet.
Gardarem Lo Larzac est un cri de ralliement qui a réussi.

 


 

 

Fondation du journal la Hulotte
Un instituteur solitaire, naturaliste Pierre Déom fonde en 1972, une petite revue qui invite ses lecteurs à redécouvrir la nature.
Cette revue qui paraît deux fois par an, est illustrée de BD amusante mais le contenu scientifique est toujours irréprochable. La revue compte aujourd'hui 160 000 abonnés.

 

LES DEBUTS DE L'ECOLOGIE POLITIQUE

La première candidature écologiste à la présidentielle de 1974
Après le choc pétrolier de 1973 et la mise en place l'année suivante d'un ambitieux programme de construction de centrales nucléaires, les écologistes sont très mobilisés. La mort de Georges Pompidou en avril 1974 précipite les élections présidentielles. Les écologistes ont alors un débat : doit-on présenter un candidat ? L'écologie doit-elle s'organiser en parti politique ou bien doit-on « écologiser » tous les partis politiques ?
René Dumont est un professeur d'agronomie remuant, tiers-mondiste et plutôt à gauche. Il est soutenu par des personnalités comme Albert Jacquart et l'association les Amis de la Terre.
Il obtient 337 800 voix soit un peu plus de 1,32 % des suffrages, c'est peu.
L'unanimité écologique vole cependant en éclat après ce premier scrutin : entre les écologistes voulant un véritable parti politique, les simples militants et les anarchistes-libertaires rejetant ce type d'organisation. Ces divisions vont se poursuivre longtemps.


Les débuts de Greenpeace
Cette association puissante est née aux Etats-Unis en 1971. En 1977, Greenpeace France voit le jour grâce à Rémi Parmentier et Brice Lalonde. Le premier des combats est la sauvegarde des baleines et l'arrêt de sa pêche.
Il faudra attendre l'affaire de l'attentat du Rainbow Warrior (bateau de l'association) par les services secrets français en 1985 pour que l'association soit très médiatisée en France.

 

 

Le choc de l'Amoco Cadiz
Le 16 mars 1978, le superpétrolier Amoco Cadiz s'échoue au Nord du Finistère et déverse plus de 220 000 tonnes de brut dans la mer. Une véritable marée noire touche les plages de Bretagne. Les photos des oiseaux mazoutés choquent l'opinion publique. La consternation des riverains interpellent les élus et les consciences.
Un long procès permettra aux riverains d'être indemnisés au nom du principe : pollueurs payeurs....soit 1,3 milliards de francs.

 

La naissance des Verts
L'écologie politique a vu épisodiquement des candidatures : une liste aux européennes de 1979 intitulée Europe Ecologie menée par Philippe Lebreton, et aux élections présidentielles de 1981, le MEP (Mouvement écologie politique) a présenté Brice Lalonde qui a obtenu 3,87 % des voix.
Mais au début des années 80, les rangs des militants écolos se dégarnissent. Les Amis de la Terre si actif dans les années 70 n'ont plus que 3000 adhérents. Des revues écologistes disparaissent comme La Gueule ouverte ou le Sauvage, quant au dessinateur écolo Reiser, il décède d'un cancer en novembre 1983. Le mouvement écolo est donc affaibli en 1983.
En janvier 1984, le MEP franchit le pas et décide de devenir le parti Vert, hélas, le scrutin majoritaire des élections européennes ne lui donne aucun élu. Le parti Vert doit se construire et agir sur les dossiers brûlants afin de sensibiliser l'opinion publique.

 

 

LES ECOLOS DE TCHERNOBYL AU GRENELLE DE L'ENVIRONNEMENT 1986-2008

 


Tchernobyl 1986
L'explosion du réacteur de la centrale de Tchernobyl en Ukraine le 26 avril 1986 va susciter un vif émoi dans toute l'Europe. Partout en Europe sont prises des mesures de précautions. En France, les autorités françaises tentent de rassurer : le nuage radioactif qui a traversé toute l'Europe se serait arrêté comme par miracle à la frontière française !
Dans un pays, couvert de centrale nucléaire, les autorités françaises ont préféré mentir et minimiser l'incident.

La percée des verts aux élections 1988-1989
Aux élections présidentielles et législatives de 1988, les Verts frôlent les 5 %. L'année suivante, lors des élections municipales des candidats Verts obtiennent des résultats encore meilleurs : 22 % au Puy-en-Velay, 16 % à orthez... Aux élections européennes de juin 89, quelques mois plus tard, les Verts dépassent les 10 % des voix en France soit 8 euro-députés.
Brice Lalonde divise dans la foulée le mouvement écolo en formant un autre parti : Génération écologie.


Les essais de Mururoa 1995

Quelques semaines après la victoire de Jacques Chirac à la présidentielle, la France reprend ses essais nucléaires en Polynésie dans le Pacifique. Ce qui provoque une indignation de tous les états voisins.
Une campagne anti-française est alors lancée et orchestrée par Greenpeace. Le site de Mururoa sera effectivement démantelé après la fin des essais, l'année suivante.


La vache folle 1996
Le scandale de la vache folle va décrédibiliser encore plus l'agriculture productiviste. Dans la quête du rendement optimum, les agriculteurs et les filières agricoles ont mis au point des farines animales pour nourrir les bovins.... De la viande pour les vaches !!!
On découvre au Royaume-Uni que la maladie de la vache folle (Encéphalite spongiforme bovine ou ESB) s'est diffusée dans de nombreux élevages et aurait même été transmise à des hommes : maladie de Creutzfeld-Jakob.
La France et l'UE décide l'embargo des bovins britanniques et dans la foulée on interdit les farines animales....
L'insécurité alimentaire devient une réalité, la mode des aliments BIO progressent alors.


Les OGM
Les OGM se développent depuis les années 80-90 grâce à des entreprises qui créent de nouvelles plantes modifiées génétiquement. Mosanto est l'entreprise la plus importante et tente par des publications scientifiques de prouver que les OGM ne comportent aucun risque sur la santé humaine.
D'autres scientifiques sont plus réservés même si rien n'est prouvé jusqu'à présent, les OGM suscitent une méfiance surtout dans les pays européens. Le principe de précaution est le plus souvent mis en avant. Après une période d'expérimentation, les gouvernements cèdent aux lobbies des semenciers et autorisent la commercialisation d'OGM.
En France, où une majorité de Français sont hostiles à ce type de produits, on constate que l'Etat les autorise progressivement.
La loi récente ouvre un peu plus les autorisations de culture des OGM malgré les engagements pris durant le Grenelle de l'environnement en 2007. La ministre de l'écologie Nathalie Kosciusko-Morizet a à cette occasion, qualifié les membres du gouvernement de lâches.
(A suivre...)



Partager cet article

Repost 0