Pourquoi mai 68 ? La question est complexe et vaste.
Parmi les origines intellectuelles  nombreuses, je vous propose  d'en explorer  seulement deux  qui pourront sans doute apporter quelques réponses.  En effet, deux  livres  ont  joué un rôle dans l'exaltation des idées libertaires  et anti-consuméristes qui ont réussi à s'imposer durant les mois de mai-juin 68.



Le premier livre qui a marqué les esprits quelques mois avant les révoltes (nov.1967) s'intitule La société du spectacle de Guy Debord. Ce dernier est l'un des chefs de file des situationnistes.
Que nous dit Debord dans cet essai profond  ?
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Il définit le vocable  "spectacle"dans une très large acception, pour lui, le "spectacle" recouvre  la totalité des rapports sociaux de la société moderne.
Il distingue un spectaculaire concentré qui est étatique et qui s'incarne dans les régimes totalitaires, d'un spectaculaire diffus propre au capitalisme fordiste. Ce dernier modèle permet de créer une production en série de biens de consommation commercialisés, grâce à la publicité et au crédit.  Cette société du spectacle de forme "diffuse"  a permis grâce au progrès technique de dégager un temps de loisir. Celui-ci loin de susciter plus de libertés accentue la société du spectacle, "propulsant des besoins factices sans cesse renouvelés, soumettant nos vies à des représentations manipulées et falsifiées, qui deviennent notre rapport au monde "
"Le spectacle, écrit-il, est le moment où la marchandise est parvenue à l'occupation totale de la vie sociale".

Vous l'aurez constaté, la thèse de Guy Debord a très largement été reprise par une partie de la gauche libertaire qui rejette la société de consommation.

Plus encore que le livre de Debord, c'est l'ouvrage de Raoul Vaneigem que les étudiants-activistes de mai 68 ont lu, Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations.
A travers ce titre, Vaneigem s'adresse à cette génération qui n'a pas connu la 2nde GM et qui profite d'un confort incomparable. Sa critique se dirige à l'encontre de la marchandise et du consumérisme. La dictature de l'échange quantifié (cad sa valeur marchande) colonise toute la vie quotidienne et la transforme en marché."
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Les sociétés sont ainsi déterminées par la consommation et l'assouvissement de des besoins individuels. Au quantitatif, Vaneigem oppose le qualitatif, c'est-à-dire, la créativité, spontanéité et poésie afin d'établir une société de maîtres sans esclave.
L'homme révolté doit ainsi guider sa vie par la "volonté de se réaliser en transformant le monde, par la volonté de vivre toutes les sensations, toutes les expériences, tous les possibles".


On voit ici que Vaneigem encourage un certain épicurisme qui ouvrira un peu plus la voie de ce que l'on appelle la libération sexuelle.







Guy Debord comme Raoul Vaneigem appartiennent à l'Internationale Situationniste, ils ont donc influencé les étudiants et plus particulièrement le mouvement du 22 mars.  Les théories de ces deux ouvrages ont été diffusées largement durant les années 70, influençant en profondeur toute une génération.
Certes aujourd'hui ces critiques de la société de consommation sont connues, partagées par un certain nombre, mais reconnaissons que la jeunesse pour sa très grande majorité (ainsi que les plus vieilles générations) jouissent sans entraves certes, mais en consommant avec une frénésie sans pareil. L'héritage théorique de mai 68 ne semble partager en tout point que par une infime minorité, les partisans de la décroissance heureuse, quelques philosophes comme Michel Onfray et finalement quelques écologistes radicaux.


Jean-Christophe Diedrich
Tag(s) : #Mai 68
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