L'actualité nous amène à nous repencher sur l'un des grands conflits sociaux de l'immédiate après guerre, la grève des mineurs de 1948.
Image des grèves de
1948, extraite du site du musée Thorez
En effet, c'est cette semaine que Georges Carbonier et quelques autres mineurs ont réclamé réparation devant la Justice de notre pays. Ils ont pu bénéficier d'une loi de 1981 qui
faisait tomber toute prescription en matière de discrimination. Et en la matière, il y a bien eu discrimination...en effet, près de 3000 mineurs ont été licenciés en novembre 1948 pour avoir fait
grève !
Mais revenons à ces grèves de 1948. La France sort meurtrie de la Seconde guerre mondiale. Le pays est à reconstruire et tout le monde se retrousse les manches. Le Parti communiste
(1er parti politique à la Libération) décide de participer à l'effort national :produire et encore produire. Maurice Thorez, 1er Secrétaire Gl du PCF, de retour en France, participe au
gouvernement en tant que Ministre de la fonction publique. Les grèves, les revendications ne sont donc pas à l'ordre du jour.
Mais le contexte international va changer la donne politique en France. En effet, la guerre froide débute en 1947. Les premières crispations entre les deux alliés d'hier
(EU/URSS) voient rapidement le jour. La rupture est entamée quand, le président Truman décide d'appliquer une nouvelle stratégie vis-à-vis de Staline. Les EU ne reculeront plus et devront
contenir les avancées de l'URSS. Pour lutter contre le communisme, les EU proposent une aide pour accéler la reconstruction. Le plan Marshall est proposé à l'ensemble des Européens en juin 1947.
Le plan est rejeté par les pays sous influence soviétique. La France accepte malgré la campagne d'opinion lancée par le PCF (qui a quitté le pouvoir depuis mai 47)..
Républicain Lorrain, 23 octobre 48
La situation sociale va alors se dégrader. Le PCF qui a enfin les mains libres et le ras-le-bol des salariés (bas salaires, inflation, rationnements) sont favorables à de nombreux mouvements de
grève qui débutent en avril 1947; chez Renault, chez EDF, etc...Le climat d'unité nationale qui était de mise à la Libération a vécu... Le Parti communiste joue désormais un nouveau rôle
politique, ce qui a des conséquences dans le mileu syndical.
En décembre 47, la CGT-FO, (syndicat unifié) fait scission.... La rupture est de plus en plus grande entre syndicalistes communistes et non communistes. L'année 48 n'est pas plus calme
socialement. En avril 48 à Courrières dans le Nord 16 mineurs décèdent et rappellent aux ouvriers la précarité de leurs conditions de travail.
La grogne augmente encore un peu plus quand on tente de porter atteinte au statut du mineur. Les grèves débutent le 3 octobre et touchent les mines du Nord, de la région de St-Etienne,
d'Alès et de Forbach.
La presse rapporte qu'il s'agit de grèves insurrectionnelles. Ce qui justifie, sans doute la forte répression menée par le gouvernement. Le ministre de l'Intérieur, Jules Moch mobilise près de 60
000 CRS pour contrer les occupations des puits. Les incidents sont nombreux mais partout, c'est l'extrème fermeté qui domine. Jules Moch (pourtant socialiste) va déloger les mineurs de leur
occupation et va prendre des mesures disciplinaires envers plus de 3000. mineurs. En effet, ils seront licenciés quelques semaines plus tard et ne pourront plus réintégrer les Charbonnages
de France, un scandale (au regard de la constitution de la IVè république qui protégeait le droit de grève) !
Républicain Lorrain, 28 octobre 1948
Dans un discours à l'Assemblée le 16 novembre, Jules Moch revient longuement sur les événements et compare les méthodes des mineurs de Firminy à celles des bolchéviks.
"A Firminy, sous les ordres de cet ancien chef des F.T.P. de la Loire dont j’ai parlé tout à l’heure, M. Vial-Massat, s’apparentent nettement
aux mouvements préconisés il y a trente et un ans par Lénine" (Théo Vial-Massat deviendra quelques années plus tard, député et maire de Firminy.)
Voici un témoignage recueilli en 1998 de la revue Vacarme
www.vacarme.eu.org/rubrique10.html
« En 1948, la troupe on l’a eue, même avec des chars. A Bruay, ils étaient groupés à l’Hôtel de Ville, et ils partaient de là, vers les sièges pour ouvrir des brèches dans les murs pour
laisser rentrer la police (...) Alors c’était fini. Les responsables syndicaux ils étaient arrêtés, il y en a qui ont été licenciés. Il y en a qu’on fait de la prison, il y en a certains qui
ont été repris à la mine. Ceux qui ont été renvoyés, c’était embêtant, fallait qu’ils libèrent la maison. Ils n’avaient plus le droit au logement, ils n’avaient plus le droit à la sécurité
sociale des mineurs, ils avaient plus rien. Du jour au lendemain. »
Ancien mineur, Sallaumines, juin 1998

Nous constaterons enfin, en lisant la presse (Le Républicain Lorrain) ou en écoutant les Actualités cinématographiques, que l'opprobre était jeté sur les mineurs qui mettaient la
patrie en danger... Nous étions au temps de la censure et de la désinformation. Ce qui a beaucoup changé .....aujourd'hui.( ?)...
J-Christophe Diedrich