Vendredi 11 février 2011
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Moubarak a finalement lâché le pouvoir, le vent démocratique semble être contagieux... Mais comme les experts, le
soulignent, si les dictateurs sont partis, la démocratie ne s'imposera pas forcément. Nous vivons ainsi des semaines importantes pour l'histoire du monde arabe.
C'est dans ce contexte particulier que j'ai envie de présenter un leader important du nationalisme égyptien mais aussi du
mouvement des non-alignés: Nasser.
Le protectorat britannique sur l'Egypte est établi en décembre 1914 (pour sanctionner l'Empire Ottoman qui vient d'entrer en
guerre aux côtés des Allemands), il est supprimé en partie quand l'Egypte devient un royaume en 1922. A cette date, la couronne britannique gère encore les affaires extérieures du pays mais en
1936, l'Egypte devient l'un des premiers Etats africains à recouvrer son indépendance presque totale (à l'exception du canal de Suez qui est encore occupé par des troupes anglaises). Le roi
Farouk gouverne alors, tout en demeurant l'allié des Britanniques.

C'est à ce moment que Nasser croise l'histoire de l'Egypte. Gamal Abdel Nasser (1918-1970)
est le fils d'un petit fonctionnaire des postes. Son engagement est très précoce puisque dès le lycée, le jeune Nasser s'investit dans la politique, manifestant dès 1935 pour la reconnaissance et
l'application de la constitution démocratique suspendue depuis 1930. Il débute une carrière dans l'armée et sort dès 1938 sous-lieutenant. C'est dans l'armée que son nationalisme se renforce
surtout après 1942 lorsque les Britanniques poursuivent leur politique interventionniste.
En 1948, Nasser est engagé dans les combats après la création d'Israël afin de soutenir la cause palestinienne. Il emporte
quelques succès mais ils est humilié par la défaite qu'il attribue à l'incompétence du gouvernement du roi Farouk. Il est l'un des fondateurs du mouvement du Comité des officiers libres
(1949) et en 1952, il arrive au pouvoir à la suite d'un coup d'Etat organisé avec le Gl Néguib.
L'année suivante (1953) les partis politiques d'opposition sont interdits : le Parti communiste et les Frères musulmans. La
République est alors proclamée et Nasser devient le Premier Ministre, il élimine Néguib et devient également président de la république en 1956.
Sur la scène internationale, Nasser tente de trouver une voie du
non-alignement en dialoguant et négociant autant avec les EU qu'avec l'URSS. En 1955, Nasser participe à la Conférence de Bandung et marquera un soutien à tous les Etats qui se
lanceront dans la décolonisation. Pourtant, progressivement, Nasser se rapprochera de l'URSS.
Ce qui explique que les EU refusent finalement les crédits pour financer le barrage
d'Assouan (juillet 56). Dans la foulée Nasser nationalise la Cie universelle du Canal de Suez (dont les capitaux sont essentiellement franco-anglais) dont les futurs revenus
serviront à financer le dit barrage. Cette audace va finalement payer puisque l'intervention Israelo-franco-britannique sera un échec (non pas militaire mais diplomatique). L'ONU et les EU
obtiennent un retrait des troupes étrangères sur le canal : Nasser a réussi son coup et cette affaire va contribuer à sa légende.
Après cette victoire, Nasser rêve de constituer un Etat arabe en ralliant la Syrie et le Yémen. (1958)...ces véléités panarabes sont alors vouées à un échec entre 59-61.
Le régime prend alors résolument la direction du socialisme : l'URSS va d'ailleurs financer finalement le barrage d'Assouan.
L'économie est progressivement nationalisée constituant une bourgeoisie d'Etat qui pratique largement la corruption. Nasser tente de théoriser son propre socialisme (socialisme scientifique) qui
associe l'idéologie socialiste à l'Islam, tout en refusant l'idée d'une véritable lutte des classes.
Le pays se lance alors dans une vaste réforme agraire.
Khrouchtchev, Nasser
et Sadate (de droite à gauche)
La politique étrangère de Nasser ne change pas véritablement dans les années 60 : les
relations sont encore plus étroites avec l'URSS (des milliers de conseillers russes vivent au Caire) mais Nasser a abandonné l'idée de diffuser le socialisme dans les autres pays arabes en
échange d'une aide financière des pétromonarchies.
La haine d'Israël et l'idée de revanche le poussent encore à participer à la guerre des Six jours en 1967 et à connaître une
nouvelle défaite qui ne l'affaiblira pas vraiment.
A sa mort, en 1970 Sadate, le vice-président devient le candidat de l'Union socialiste arabe (parti unique) et président de
la république en octobre 1970.